
Tout d'abord je tiens à dire que D&D 2nd édition avait les illustrations les plus belles que le jeu de rôle ait jamais connu alors voilà, cadeau nostalgique à tous ceux qui ont connu les jeux du XXème siècle. Ok, l'instant vieux con étant passé, nous allons pouvoir parler de quelque chose qui m'a toujours obsédé. Comment diantre justifier qu'un guerrier niveau 10 ait plus de points de vie qu'un ours !
Pendant de longues années, je n'ai rien compris à ce système de points de vie et j'ai cherché à m'en éloigner le plus possible et vous savez quoi ? j'avais tors. En réalité, le système de points de vie est bel et bien un système tout à fait crédible pour gérer les combats. Ce qui l'est moins en revanche, c'est souvent le système de guérison, mais c'est tout à fait gérable. Ceci dit, il faut bien comprendre que les jeux vidéos nous ont longtemps fourvoyé sur ce que représentait un point de vie et un combat en général.
En réalité, nous devrions appeler des points de vie des points d'endurance (comme dans Loup Solitaire) et les considérer non pas comme une réserve de points basés sur des blessures avant la mort, mais comme la valeur de résistance au stress physique et mental avant d'être brisé. Un effet débilitant, la soif, la fatigue, la peur etc... devrait (en plus des malus aux caracs et compétences) faire perdre des points de vie.
Ok c'est bien beau tout ça, mais de quoi parle-t-on exactement ? Décortiquons un peu ce qu'est une baston. De ce côté-ci, j'ai pas mal d'expérience et voilà ce que j'ai tiré de mes leçons d'arts-martiaux et des bagarres de ma jeunesse. Le principe fondamental de la victoire au combat s'appelle l'ascendant psychologique. Celui qui a le plus de moral, celui qui ne finit pas dans les cordes, celui qui encaisse une patate avec humour, celui qui garde son sang froid sous la pression aura énormément de chances de gagner. En revanche, si vous prenez une arme, un unique coup porté mettra fin au combat dans la très grande majorité des cas (quelque soit l'arme !). Et c'est là que tout se joue. Un maître d'arts-martiaux qui n'a jamais pris de coups de sa vie sera bien démuni face à un adversaire médiocre habitué à la pression du combat. De même, un escrimeur de salon risque de pleurer de peur face à un brigand cherchant à le tuer. A présent, imaginez que ce même escrimeur soit aguerri au feu de l'action. Là, le brigand va très vite déchanter. Alors comment décrire ces personnages en terme de jeu ?
Premièrement, il faut se souvenir qu'un brigand moyen ne dépasse pas souvent le niveau 4 dans les jeux de rôle. Pourquoi ? Parce-ce que s'il avait du talent, il ne perdrait pas son temps à faire brigand. Parce qu'un brigand ça ne vit pas vieux et que ça finit en prison ou pendu.
Dans l'exemple précédent, notre maître d'arts martiaux de dojo ou notre escrimeur de salon ont probablement du d6 ou du d8 en points de vie et un bon lvl 5. On peut imaginer les carrières de barde/duelliste pour l'un et de moine pour l'autre. Rappelez-vous que c'est bien au delà de la moyenne des pnjs dans les jeux de rôle. Ils ne sont absolument pas risibles avec leur niveau 5 ! Maintenant, imaginez qu'ils rencontrent une bande de brigands bien teigneux de lvl 3 avec du d10 en pts de vie et une bonne constitution de 16 façon docker ou forain. Les points de vie de nos dilettantes et de nos brigands sont à peu près les mêmes. D'un côté l'expertise et de l'autre l'habitude du stress du combat.
Ok, c'est bien beau tout ça mais on parlait de points de vie !
J'y viens !
Là où tout ça ne marche plus, c'est quand on pense qu'on a touché un adversaire avec notre arme ou nos poings quand celui-ci perds des points de vie. Là je vous arrête tout de suite. On a effectivement porté un coup lorsqu'on a réalisé un coup critique !
Sinon, on l'a juste repoussé, déséquilibré, désorienté, fatigué, apeuré, sonné, on lui aura fait perdre prise sur son arme etc... Ben oui mon gars ! Parce que si tu te prends un unique coup de marteau de guerre sur la hanche, et ben elle sera cassé net ou, si tu as de la chance tu auras une ecchymose qui partira dans 20 jours et qui te fera marcher comme si tu revenais de chez le proctologue !
Si ton personnage pare un coup, il l'aura paré "proprement". S'il perd 1d6 pts de vie, il l'aura paré "comme il a pu" et aura un peu perdu de son ascendant psychologique. Si tu infliges un coups critique à ton adversaire, oui, tu as peut être touché un muscle, un os ou un truc qui fait bien mal et là forcément, ça aide à prendre le dessus. Un personnage avec beaucoup de pts de vie est un type "qui en a vu d'autres" et qui s'en remettra mieux que quelqu'un qui n'en a pas l'habitude. Quel qu'un qui ne se soucie pas trop des coups répétés et qui garde la tête froide sous la pression. Là vous pouvez donc avoir un gros barbare avec plus de points de vie que l'ours. Lorsque ce dernier lui rugis au visage (infligeant 2d6+4 de dégâts (ben oui ça fait flipper un ours !)) le barbare souris en retours et fait des moulinets avec son épée large faisant reculer nounours (et lui infligeant un sévère d8+6 pts de dégâts parce que merde ! il fait peur ce con !). A ce petit jeu, on verra bien qui craquera en premier !
Alors que fait on à 0 pts de vie ? Et bien déjà on ne meurt pas. D20 a mis la règle des -10 pv... pourquoi pas c'est une option. Sinon à 0 pt de vie, on fait comme les gens qui se font agresser et qui ne savent pas se défendre. On fait comme le gladiateur qui n'en peut plus, ou comme le judoka qui subit une soumission : on arrête le combat et on se rend ! On ne rampe pas comme un ver de terre, on ne râle pas d'agonie en appelant ses copains, on se fait tout petit en espérant qu'on arrête de nous taper dessus. On donne sa bourse si c'est ce qui était demander. On a perdu et c'est tout. Une fois le combat fini, si personne n'est venu nous achever, on se relève en boitant avec 1 pv qui signifie "je suis brisé je m'écroulerai à la moindre menace".
Mais le regain de pts de vie comment tu gères ?
Bonne question, je suis content de me l'être posé ! En réalité la potion de soin, les sorts de soins etc... c'est assez facile à justifier. Si on apaise une personne ou si on lui donne une baume à l'huile d'arnica, ça aide à passer les petites ecchymoses. Si des gens croient à l'homéopathie, pourquoi pas à l'imposition des mains ! En revanche on devrait limiter à une potion et un sort 3 x par jours. Le cumul des médicaments ça n'apporte rien de bon !
Une bonne nuit de repos réduira le stress. Par contre pourquoi un petit niveau retrouverait-il son potentiel complet plus vite qu'un guerrier aguerri ? Parce qu'il est insouciant peut -être ? Ou plus probablement parce que gérer des pourcentages de points de vie c'est long et chiant. De ce côté-ci ce n'est pas parfait mais après tout, les sorts de soins augmentent également avec les niveau non ?
Voilà c'est tout pour cette nuit, j'espère que vous aussi vous aurez fait la paix avec les pts de vie et que ça vous donnera un éclairage différent sur la baston en jdr. Une chose est sûre, si vous allez faire du tir à l'arc, de l'escrime, des sports de combat, des arts martiaux ou de la randonnée en vrai, ce sera bon pour votre compréhension des mécaniques de combat et de ce que représente l'endurance. Et en plus, c'est excellent pour la santé !
Allez, à plus les rôlistes !
Très juste, le fait de pouvoir briser le combat et prendre et coup "gratuit" se justifie également du coup !
Bien d'accord, j'y apporte quelques précisions que tu n'as pas évoqué (mais qui sont sous-entendues). D'ailleurs, dans D&D, le round de combat durait 1 minute ! Là aussi, je trouvais à l'époque que c'était ridicule quand la plupart des jeux avaient des rounds de 10 secondes, mais c'est parce qu'en fait, ça représentait non pas un simple coup porté, mais un véritable échange, comme une manche. En réalité, il ne faut surtout pas se contenter de faire des combats du style "je tape, tu tapes, nouveau round", mais décrire comme tu l'as dit les détails d'une confrontation physique ("je le menace, il me bouscule, on s'échange des pains et on roule au sol"...).